Dans l'histoire

 

L'Antiquité du dopage

 

 

Le laudanum de Sydenham : plusieurs romanciers (Balzac, Conan Doyle, etc.) font référence à cette teinture alcollique d'opium, soporifique et calmante, très utilisée avant le développement des neuroleptiques modernes.

Les vertus du coca : on appelle cocada la distance que peut parcourir un coquero (un "mâcheur de coca"). Au XIXe siècle, un courrier des Andes aurait parcouru 440 km sans autre aliment que quelques feuilles de coca.

L'élixir Saintonger : au XIXe siècle, le cycliste Louis Cottereau commercialise, sous le nom d'élixir de Saintonger, une potion stimulante à base de maté.

La fleur de tribulus : c'est une fleur annuelle qui pousse un peu partout en Europe, mais plus particulièrement dans les zones méditerranéennes.

La racine de ginseng : le ginseng est une plante stimulante du système cérébral qui aide à la mémorisation, elle est aussi utilisée comme plante anti-fatigue et adaptogène (anti-stress)

La noix de kola : depuis des siècles, le kolatier fait partie intégrante de la vie de l'Afrique occidentale et centrale. Le kolatier a du être introduit en Amérique du Sud et aux Antilles par les esclaves Africains. On mâche la noix de kola pour ses propriétés aphrodisiaque, digestive et tonique.

 

 

 

Dans la pharmacopée traditionnelle, les procédés ou produits dopants n'étaient pas dévolus aux seuls sportifs : les classes privilégiées, les guerriers ou certaines catégories d'ouvriers étaient les principaux consommateurs.

Le dopage n'est pas un phénomène récent. De tous temps, les hommes ont cherché à améliorer leurs performances. Les effets recherchés étaient les mêmes qu'aujourd'hui : oublier sa fatigue, permettre un effort physique intense, accroître sa puissance de travail...

Les plantes dopantes

L'opium est l'un des premiers produits à avoir été utilisé pour soulager les douleurs, apaiser la faim et la soif et lutter contre la fatigue. Le pavot est couramment cultivé au Néolithique. Les Egyptiens (sous Ramsès II, 1300-1235 av. J.-C.), les Grecs (le médecin Hippocrate, 460-377 av. J.-C., le mentionne) ou les Latins (le poète Virgile, 70-19 av. J.-C., y fait allusion) consomment l'opium pour ses vertus thérapeutiques. Introduit en Orient au VIIIe siècle pour soigner la dysenterie, il est ramené en Europe occidentale par les croisés, au XIe siècle. C'est à partir du "spécifique anodin" du médecin et alchimiste suisse Paracelse (1493-1541), à base d'opium, que le médecin anglais Thomas Sydenham (1624-1689) met au point le laudanum au XVIIe siècle.

Depuis 4500 ans, les Indiens des Andes mâchent des feuilles de coca où se concentre le principe actif de la plante : la cocaïne. Cette plante a les mêmes vertus que les amphétamines*. Elle permer de surmonter le mal des montagnes, dû à l'insuffisance en oxygène. Durant la conquête espagnole au XVIe siècle en Amérique latine, la consommation de coca était fréquente chez les mineurs. Elle était encouragée par leurs employeurs car elle permettait d'accroître leur productivité dans les mines.

Le chanvre (ou Cannabis indica en latin) est utilisé en Chine depuis 3000 ans avant Jésus-Christ. Sa consommation s'est répandue en Afrique du Nord, en Inde et en Asie, dès le Ve siècle avant Jésus-Christ. Il est recherché pour ses propriétés euphorisantes et stimulantes, en particulier pour exciter les guerriers.

Le maté, qui renferme de la caféine, est employé depuis des millénaires en Amérique du Sud. Il est consommé pour ses vertus stimulantes et comme coupe-faim. Au XIXe siècle, son usage est recommandé aux travailleurs exposés à la fatigue et aux très basses ou très hautes températures.

Dans les îles du Pacifique Sud, le kava-kava (extrait d'un poivrier) a des effets comparables à l'ivresse : il diminue l'acuité visuelle et auditive mais augmente l'agressivité.

D'autres pratiques antiques existent aussi :

Les lutteurs de Crête utilisent le tribulus pour augmenter leur production de testostérone. Plus à l'Est, les Chinois consomment depuis des milliers d'années du Ginseng, pour lutter contre la fatigue.  Dans les civilisations Africaines, l'usage de la noix de kola (riche en caféine) est fréquent.

 

Fort comme un taureau

Les attributs sexuels, qui produisent des hormones mâles, préfigurent les stéroïdes anabolisants* actuels. Ainsi, les gladiateurs romains faisaient une grande consommation de testicules de taureau.

 

Les manipulations sur les corps humains

Au XVIe siècle, les praticiens étaient convaincus de l'insensibilité de la rate saine. Pour courir plus vite (d'où l'expression populaire "courir comme un dératé"), on tenta une ablation de la rate sur des chiens. La même opération fut pratiquée au XVIIe siècle, à Hadenstadt en Allemagne, sur des hommes. Dans les deux cas, les "cobayes" ne survécurent pas à l'opération ou celle-ci n'eut aucun effet sur leur course.

Doping et sport professionnels

 

 

 

 

 

Des rumeurs dans le peloton... : en 1985, le cycliste français Laurent Vial affirme que neuf coureurs sur dix se piquent à la cortisone.

 

Mort du premier coureur cycliste : c'est en 1896 que survient en France la première mort attribuée au doping, celle du cycliste gallois Andrew Linton, lors du Bordeaux-Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cyclisme, le football, le tennis et d'autres sports professionnels, le dopage s'est développé à mesure que ces disciplines se professionnalisaient. Peu à peu, des sportifs ont pris la parole pour dévoiler ces pratiques, faisant ainsi tomber le tabou.

D'abord apparu au XIXe siècle dans le milieu du cyclisme, le dopage s'est progressivement étendu à l'ensemble des activités. Cependant, à cause du succès, plus un sport devient populaire, plus il est exposé au dopage. En Europe, trois disciplines sont concernées au début : le cyclisme, le football et le tennis.

 

Le cyclisme :

Tous les facteurs incitant au dopage font partie intégrante de l'organisation du sport cycliste : enjeux financiers, programmes de compétitions surchargés, difficultés accrues des épreuves. En 1960, deux coureurs sont morts, dopés aux amphétamines* : un cycliste en Suisse et le Danois Knud Enmark Jensen aux jeux Olympiques de Rome. En 1967, le coureur britannique Tom Simpson meurt durant le Tour de France après avoir absorbé des amphétamines*. Dans les années soixante-dix, plusieurs cas de dopage aux corticoïdes* sont repérés dans le cyclisme. Dans les années quatre-vingts, la généralisation de ce dopage est dénoncée par plusieurs coureurs. En 1991, l'équipe cycliste PDM est atteinte d'un "syndrome grippal", accompagné de problèmes intestinaux, résultats d'un dopage à l'EPO et à la cortisone. En 1998, des insuffisances hépatiques et rénales dues à l'EPO sont observées chez les coureurs cyclistes. On a assisté à une évolution dans le doping qui s'est affiné au cours du temps : il est d'abord empirique (consommation d'éther, de caféine, de strychnine ou d'alcool), puis il cherche à agir sur certains symptômes (recours à la trinitrine, aux tonicardiaques, aux extraits thyroïdiens, aux analgésiques* et aux amphétamines*), enfin il influence la régulation hormonale de l'organisme (avec les corticoïdes*), pour en arriver à la prise d'EPO.

 

Le football :

Le dopage sévit dans le monde du ballon rond depuis quarante ans. En 1958, une enquête réalisée par l'Italien Ottani auprès des clubs professionnels italiens de football révèle que 27% des joueurs de première division avaient utilisé des amphétamines*, 62% des analeptiques* et 68% des hormones et extraits hormonaux. 94% des clubs étaient concernés. A l'heure actuelle, lors des coupes du monde et des championnats d'Europe, peu de cas ont été détectés. Certains footballeurs professionnels ont avoué être des consommateurs réguliers de tranquillisants. Depuins le printemps 1998, les juges italiens ont démantelé plusieurs réseaux de dopage (notamment à Bologne) qui alimentaient des clubs de première division (Turin, Parme...).

 

Le tennis :

Ce sport est la proie idéale pour le dopage avec un circuit professionnel surchargé et des enjeux financiers importants. En 1959, l'Espagnol Andrès Gimeni est le premier joueur à admettre avoir reçu des injections massives de testostérone (hormone mâle). En 1969, l'Américain Jack Froner reconnaît la pratique courante du doping dans les tournées professionnelles. En 1980, le Français Yannick Noah, aujourd'hui chanteur, révèle que les joueurs du circuit ATP (Association de tennis professionnel) utilisent des amphétamines* et de la cocaïne pour tenir le coup.

 

Les autres sports professionnels :

Une enquête réalisée aux Etats-Unis en 1985 a montré que 40% des 700 joueurs professionnels de base-ball consommaient de la cocaïne. La proportion serait sensiblement la même chez les deux millions d'amateurs. En boxe, c'est surtout dans le circuit professionnel américain que les cas d'usage de stupéfiants sont les plus fréquents. On relève également un dopage spécifique à la boxe : la consommation d'amphétamines* anorexigènes pour aider à perdre du poids et descendre dans l'échelle des catégories pondérales.

La lente prise de conscience de l'opinion publique

 

 

 

 

1998 : le public du Tour soutient les coureurs... : la disqualification de l'équipe Festina lors du Tour de France de 1998 a provoqué une indignation générale. Une partie du public présent sur la Grande Boucle est restée solidaire des coureurs. Elle s'est montrée hostile aux actions de la police chargée de l'enquête et aux médias* qui relayaient l'information.

 

... maisl'opinion publique est favorable à la lutte antidopage : en juillet 1998, un sondage réalisé par l'IFOP souligne que 72% des Français pensent que le niveau sportif atteint aujourd'hui et l'exigence du spectacle ne justifient absolument pas l'utilisation de certains produits dopants.

 

 

 

 

L'opinion publique a été tour à tour indifférente, puis indignée face au problème du dopage. Elle s'est montrée ensuite hostile à toute sanction contre les sportifs, pour finalement soutenir la lutte antidopage. Peu importe que les performances des sportifs soient moins bonnes et les compétitions moins spectaculaires.

Si le dopage a toujours existé, dans le sport et hors du monde sportif, il est devenu un phénomène préoccupant à partir des années soixante-dix, quand de plus en plus de cas sont apparus sur la scène publique.

 

Un dopage "exceptionnel" entré dans les moeurs ?

Au XXe siècle, dans les situations extrêmes, le recours au doping a été révélé. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pilotes de guerre des aviations alliées et nazies étaient dopés aux amphétamines* pour éviter de sentir la fatigue, se procurer un sentiment de bien-être et de confiance en soi. Pendant la guerre du Viêtnam, les marines américains opéraient sous l'influence des amphétamines* et du cannabis. Les cosmonautes américains et soviétiques, pour leurs missions spatiales, avalaient des comprimés destinés à tester leur résistance et à vaincre les effets secondaires de l'apesanteur. Donc, à circonstances exceptionnelles, moyens exceptionnels.

 

De l'indifférence à l'indignation

On peut schématiser l'attitude générale face au problème du dopage de quatre façons qui correspondent, à peu près, à quatre périodes. La première attitude est l'indifférence. Après 1945, dans le cyclisme notamment, l'usage de stimulants semble naturel. Les premiers contrôles antidopages pratiqués sur le Tour de France, en 1966, suscitent des réactions négatives. Les coureurs se mettent en grève contre ce "contrôle vexatoire et abusif". Ce qui est vrai pourle cyclisme l'est aussi pour les autres sports. La première campagne contre le dopage, organisée à Rome en 1960 par le mouvement olympique, a une audience très confidentielle. La couverture médiatique est très faible.

Mais les mentalités changent dans les années soixante-dix en raison de deux phénomènes simultanés : la médiatisation du sport et sa professionnalisation. L'opinion publique prend alors conscience du problème et s'indigne : elle rejette une pratique assimilée à une tricherie mais surtout à l'exploitation qui est faite, jusqu'à la caricature, des sportifs. C'est la deuxième attitude. On traite les athlètes comme des cobayes humains : l'ère de la femme ou de l'homme bioniques est dénoncée avec force.

 

De la résignation au refus du dopage

La troisième attitude est la résignation. Le dopage des sportfis, surtout lorsqu'ils sont professionnels, semble justifiés par le régime très particulier auquel ils sont soumis : stress intense, entraînement intensif. Le recours à des substances chimiques, mêmes interdites, apparaît comme l'un des moyens de parvenir à ses fins. "Tous dopés", telle est la conviction d'une grande partie de l'opinion publique.

Depuis 1997, on assiste à une nouvelle prise de conscience et à un refus du dopage par la quasi-totalité de l'opinion publique. Enquêtes et sondages soutiennent cette nouvelle position. Cette attitude est aujourd'hui encore la même.

Le dopage moderne

L'affaire Festina 1998 : cette affaire a eu un retentissant énorme car c'était la première fois qu'une équipe entière était exclue du Tour de France pour violation du règlement anti-dopage. Le dopage est organisé et institutionnalisé au sein de l'équipe Festina. Conséquence : la direction du Tour de France met hors-course toute l'équipe.

Actuellement, le dopage est toujours aussi présent qu'avant, et ce, quel que soit le sport. Les produits masquants permettent de passer au travers des contrôles.

 

Quand la lutte anti-dopage est-elle apparue ?

Les premières tentatives de réglementation du dopage dans le sport sont apparues dans les années 1920. La Fédération internationale d’athlétisme amateur (IAAF) a été la première fédération sportive internationale à prohiber le dopage en 1928. Interdiction vaine faute de test antidopage efficace.  Le problème s’est ensuite aggravé  (apparition des hormones synthétiques dans les années 1930 et leur utilisation à des fins de dopage) jusqu’au milieu des années soixante où l’on a vu apparaître les premiers tests antidopage. La mort de certains sportifs tels que le cycliste danois Knud Enemark Jensen aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 ou celle de Tom Simpson pendant le Tour de France en 1967 n’a fait qu’accentuer l’urgence d’un dispositif de lutte antidopage. C’est donc en 1966 que l’Union cycliste internationale (UCI) et la Fédération internationale de football amateur (FIFA) effectuent les premiers contrôles du dopage pendant leur championnat respectif. L’année suivante, en 1967, une première liste de substances interdites est éditée par le Comité international olympique (CIO). Les Jeux Olympiques de l’année 1968 (à Grenoble en hiver et à Mexico en été) sont accompagnés de contrôles. Jusqu’en 1974, aucun test n’était disponible pour déceler l’utilisation de stéroïdes anabolisants*, ceux-ci étant d’ailleurs très répandus dans les sports de force (haltérophilie, lancers). De plus en plus de fédérations sportives internationales commencent à réaliser des contrôles du dopage. La découverte après la chute du mur de Berlin du dopage d’Etat que l’Allemagne de l’Est exerçait sur ses athlètes fait prendre conscience au monde entier l’importance de cette problématique du dopage.

Mais les stratégies du dopage n’en restent pas là, de nouveaux défis apparaissent pour la lutte du dopage, toujours une longueur de retard ! Pour augmenter leur taux d’hémoglobine, les coureurs ont recours au dopage sanguin et à l’érythropoïétine (EPO). Ce n’est qu’aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000 que les premiers dépistages de l’EPO se montrent efficaces . La France est le premier pays à adopter des lois antidopage. Le scandale du Tour de France de 1998 avec l’affaire Festina a montré la nécessité de la présence d’un organisme international indépendant qui coordonnerait cette lutte contre le dopage. La Conférence mondiale sur le dopage dans le sport, organisée par le CIO et tenue à Lausanne en 1999 a donné naissance à l’Agence mondiale antidopage (AMA).

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